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Full text of "Jules Raymond Lame Fleury - Mythologie Scandinave - Partie 09 Le Crepuscule des Dieux"

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LA 

MYTHOLOGIE 

RACONTÉE AUX ENFANTS 

J VI LAME FLEUitY 

■ 

AOtIVELLË EDITION 



PARIS 
G. BOftfiANI, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

ME BH 8*IJ(T5-rfc«ï, & 
1H72 

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300 LE CRÉPUSCULE DES DIEUX. 



LE CRÉPUSCULE DES DIEUX. 



Je n'ajouterai plus qu'une fable, mes 
enfants, à toutes celles que je viens de 
vous raconter, parce que je n'en sais 
plus d'autre qui puisse vous intéresser. 
Celle-ci vous fera connaître quel devait 
être le sort de ces dieux du Nord, si 
sauvages, si terribles dans leurs jeux et 
dans leurs combats, suivant ce que 
racontaient aux peuples Scandinaves les 
poètes de leur pays. 

Ces poètes barbares se nommaient des, 
Scajldes, et leur emploi était de réciter 
dans les villes, dans les champs, et jus- 
que dans le palais des rois, dont ils par- 
tageaient la gloire et les périls, à la 
guerre, à la chasse, et dans leurs navi- 



LE CRÉPUSCULE DES DIEUX. 301 

gâtions lointaines, les aventures des 
dieux et les louanges des héros qui étaient 
tombés sur le champ de bataille. Ces 
scaldes avaient beaucoup de ressemblance 
avec les rapsodes qui, comme vous vous 
en souvenez sans doute, parcouraient 
autrefois la Grèce en chantant les poésies 
d'Homère, et plus encore peut-être avec 
les ménestrels , trouvères ou trouba- 
dours, qui, à une époque bien plus ré- 
cente, allaient en Europe de ville en ville, 
de château en château, répétant les ex- 
ploits des guerriers, et les chants naïfs 
qu'ils avaient appris dans leurs voyages. 

Or voici ce que racontaient les scaldes 
sur la destinée de la famille d'Odin, qui 
ne devait pas être éternelle, toute-puis- 
sante qu'elle était au ciel. 

Un jour viendra, disaient ces poètes, 
et ce jour sera nommé le Crépuscule 
des dieux, où les hommes deviendront 
si méchants que le monde entier sera en 
guerre et en discorde. Alors l'Être éter- 
nel, qui régnait avant que le géant Ymer 
eût été produit par la glace des enfers, 



302 LE CRÉPUSCULE DES DIEUX. 

se décidera à détruire les hommes, Puni- 
vers, et tout ce qui existe. D'abord il y 
aura un hiver sans fin, et les tempêtes ne 
s*apaiseront plus. Les liens du loup Fen- 
rîs seront brisés, et ce monstre s'élancera 
de la caverne sombre où les dieux l'ont 
enchaîné, pour dévorer le soleil. Il pa- 
raîtra si grand que sa gueule ouverte 
touchera à la fois le cîel et la terre. Un 
autre monstre emportera la lune ; et le 
grand serpent de M idgard, s'échappant 
de la mer, dont les flots sortiront de leur 
lit, vomira sur le monde entier des tor- 
rents de venin qui infecteront les airs et 
les eaux. 

En même temps, Surtur le Noir sor- 
tira des enfers, armé d'une épée flam- 
boyante. Il montera avec les mauvais 
génies sur un vaisseau immense, nommé 
le Nagelfare, entièrement construit des 
ongles des morts, et dont l'apparition 
fera trembler les hommes et les dieux. Il 
deviendra le chef des géants de la Gelée 
et marchera avec eux vers le pont du 
ciel, qui s'écroulera sous leurs pas. Le 



LE CRÉPUSCULE DES DIEUX. 303 

frêne Ygdrasil sera ébranlé par le serpent 
qui ronge sa racine ; le coq funèbre du 
palais de la mort redoublera «es cris, et 
le ciel d'Odin se fendra. 

Aussitôt le dieu Heimdall fera retentir 
les sons aigus de sa trompette, et les 
dieux, conduits par Odin, se précipite- 
ront à la tête des héros pour combattre 
les géants. Les deux armées se rencon- 
treront dans une plaine immense où il y 
aura de terribles batailles, au milieu 
desquelles Thor et les autres dieux suc- 
comberont. Le puissant Odin lui-même 
sera dévoré par le loup Fenris, qui pé- 
rira aussitôt après sa victoire, ainsi que 
Loke, le grand serpent, et l'affreuse Héla, 
Alors Balder sortira du séjour des 
morts, plus brillant et plus radieux que 
jamais. Ses rayons éclaireront un monde 
nouveau et éclatant de lumière, où se- 
ront réunis tous les hommes Justes et 
bons, tandis que les méchants tombe- 
ront dans le Nastrond, où ils seront 
éternellement dévorés par le loup mons- 
trueux qui les y attend. 



304 LE CRÉPUSCULE DES DIEUX. 

N'est-il pas vrai, mes chers enfants, 
que cette fable de la fin du monde est 
encore plus bizarre qu'elle ne devait 
être effrayante pour les Scandinaves, et 
que les scaldes étaient bien hardis d'an- 
noncer de semblables contes à ceux qui 
les écoutaient ? Cependant il ne faut pas 
croire que tout fût ridicule dans les ré- 
cits de ces poètes, puisqu'ils prédisaient 
par là aux bons une récompense à venir, 
et aux méchants un châtiment éternel. 
Cette croyance, d'ailleurs, leur était com- 
mune avec les Perses, chez lesquels, à la 
fin des temps, Ormuzd et Ahriman de- 
vaient se livrer un dernier combat qui 
renouvellerait le monde, et établirait le 
règne du brillant Mithra. 

Mais ce qui doit le plus nous étonner 
dans ces récits, auxquels se trouve mê- 
lée la description de quelques-unes des 
grandes catastrophes du globe , c'est de 
retrouver chez ces nations barbares, 
longtemps avant qu'elles eussent em- 
brassé le christianisme, cette idée con- 
solante, aujourd'hui commune à tous les 



LE CRÉPUSCULE DES DIEUX. 3U5 

peuples de la terre, d'une vie à venir où 
chacun sera jugé selon ce qu'il aura 
mérité. 

Tâchons donc, mes eufants, de rem- 
plir exactement tous les devoirs que la 
Providence nous impose, selon la place 
qu'elle assigne sur la terre à chacun de 
nous. Ceux de vos parents et de vos 
maîtres sont de vous donner de bons 
exemples et d'utiles leçons; mais aussi 
les vôtres sont de vous montrer dociles 
et bienveillants envers ceux qui vous 
aiment et vous instruisent, et de ne ja- 
mais oublier surtout que ce sont les en- 
fants sages qui deviennent un jour des 
hommes vertueux.